Le verdissement, une solution adaptative aux changements climatiques

Cet article a originellement été rédigé pour le Conseil régional de l’environnement de l’Estrie et publié dans la revue Estrie zone verte.


 

Au-delà des répercussions bien documentées sur le déclin de la biodiversité et sur la hausse des événements météorologiques extrêmes, la crise climatique entraîne également de nombreuses conséquences sur la santé physique et mentale. Au nombre de celles-ci, nommons la hausse des maladies et des décès prématurés, ainsi que l’augmentation des zoonoses (1), des troubles neurologiques, des troubles de santé mentale et des problèmes de santé maternelle et infantile (2). 

Les liens entre la santé des populations et leur environnement sont complexes et impliquent plusieurs facteurs liés à l’urbanisation et aux vulnérabilités individuelles. Ainsi, les personnes les plus exposées aux changements climatiques sont principalement celles touchées par la pauvreté, celles vivant dans un îlot de chaleur urbain et celles qui n’ont pas accès à des lieux climatisés (2).

Plusieurs leviers d’action existent pour que les villes s’adaptent aux changements climatiques. Selon Santé Canada, « l’adaptation se rapporte aux changements qu’il est possible d’effectuer à différents niveaux pour diminuer les conséquences des dangers sur la santé » (3). L’un de ces changements concerne l’implantation d’infrastructures vertes en milieu urbanisé. Réduction de la chaleur ambiante, purification de l’air et bienfaits sur la santé figurent parmi les nombreux services écosystémiques facilitant l’adaptation qu’offre le verdissement.

Première démarche : cibler les îlots de chaleur urbains. Ceux-ci sont créés par les aires de stationnement asphaltées, les routes ou encore les milieux densément bâtis. Dans ces espaces, la température peut atteindre jusqu’à 12 °C de plus que dans les milieux avoisinants (4). Cela représente un risque de santé non négligeable pour les populations vulnérables à la chaleur. L’Estrie est d’ailleurs identifiée comme l’une des régions administratives faisant face à des problèmes persistants d’îlots de chaleur urbains (5). 

Pour lutter contre ces phénomènes, la hausse de la canopée est l’option à privilégier : elle permet de rafraîchir l’air ambiant grâce à l’ombrage et à l’évapotranspiration, rendant ainsi les milieux de vie beaucoup plus confortables. En outre, les arbres matures absorbent le dioxyde de carbone et purifient l’air des villes en captant la poussière ambiante (6), permettant ainsi de réduire les symptômes liés aux maladies respiratoires

Ainsi, la déminéralisation des surfaces dans les stationnements et la végétalisation des axes de transport sont des mesures que les municipalités et les commerçants auraient avantage à entreprendre. À l’échelle citoyenne, verdir sa cour ou son balcon, éviter d’abattre des arbres sur son terrain et végétaliser sa façade et son toit sont des gestes individuels qui font une véritable différence au sein de son quartier.

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Il est également essentiel de maximiser les acquis de chaque territoire : en plus des parcs existants à préserver, certains espaces méritent d’être repensés afin de devenir, à leur tour, des lieux végétalisés favorisant la proximité avec la nature et la détente. Par exemple, à Val-des-Sources, le site accueillant les anciennes activités minières de la région est en plein processus de requalification pour se transformer en parc central. D’autres lieux, comme les friches urbaines, peuvent également être réinventés de manière à créer des petits espaces verts. Points bonis si ces parcs sont reliés entre eux par des trames de biodiversité accessibles par des sentiers ! En effet, en plus de permettre aux espèces animales de se déplacer (7), les corridors verts encouragent les déplacements actifs des populations et favorisent une meilleure santé physique et mentale. 

Le programme Milieux de vie en santé de Nature Québec a participé à la 3e phase du verdissement de la rue King Est à Sherbrooke. Ici, avant et après le verdissement devant la Maison des Jeunes-Est après les 2 premières phases en 2017.

L’ensemble de ces interventions n’est pas étranger aux processus de planification de l’aménagement des MRC et des municipalités. Celles-ci peuvent identifier les aires à protéger afin d’y effectuer un suivi adéquat. Par ailleurs, les réglementations municipales ont le pouvoir de contribuer au verdissement en autorisant la présence d’espèces indigènes en remplacement de la pelouse sur les terrains privés ou en instaurant des seuils minimaux de canopée dans les grandes surfaces asphaltées. Surtout, grâce à des programmes financiers incitatifs de verdissement urbain, les divers acteurs de la communauté auront en main les outils nécessaires pour contribuer à l’adaptation de leur milieu de vie aux changements climatiques, au profit de la santé de tous. 

Références et définitions :

1 – « Les zoonoses sont des maladies ou infections causées par des virus, des bactéries, des parasites, des fungi et des prions qui se transmettent naturellement entre les animaux et les humains », selon l’Institut national de santé publique du Québec. (2021) Zoonoses.

2 – Gosselin, P., Bustinza, R., Bélanger, D. (2021). Les changements climatiques – Abrégé à l’intention des professionnels de la santé. INSPQ, Gouvernement du Québec.

3 – Gouvernement du Canada. (2021) Les changements climatiques et la santé : Effets sur la santé

4 – Institut national de santé publique du Québec. (2021) Qu’est-ce qu’un îlot de chaleur urbain?

5 – Giguère, M.  (2009). Mesures de lutte aux îlots de chaleur urbains. INSPQ, Gouvernement du Québec.

6 – Johnston, J, Newton, J. (2004). Building Green A guide to using plants on roofs, walls and pavements. Greater London Authority. https://brightonandhovebuildinggreen.files.wordpress.com/2017/07/johnstone-and-newton-building-green.pdf 

7 – Boucher, I., Fontaine, N. (2010). La biodiversité et l’urbanisation : Guide de bonnes pratiques sur la planification territoriale et le développement durable. Ministère des Affaires Municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire, Gouvernement du Québec.

Crédits

Crédits révision : Audrey Ledoux, Lucie Bédet, Sarah Provencher // Crédits rédaction :

Amélie Audet

Agente en mobilisation citoyenne et verdissement