Santé publique : pourquoi verdir les hôpitaux?

Les changements climatiques, la pollution et les vagues de chaleur ont de lourdes conséquences sur la santé publique. Les populations vulnérables, dont les résidents des centres hospitaliers ou de réadaptation et des CHSLD, peuvent être particulièrement affectées. Végétaliser les établissements de soins grâce à des projets de verdissement permet à la fois de s’attaquer aux îlots de chaleur et à la pollution atmosphérique et de favoriser de saines habitudes de vie, donc de protéger la santé de ces populations.

Voici 5 raisons pour lesquelles il faut impérativement verdir les hôpitaux et les CHSLD au Québec :

1. Pour que certains patients guérissent plus vite

Il est prouvé scientifiquement que les espaces verts ont des bienfaits sur la santé mentale, en réduisant par exemple les symptômes de dépression et de stress (1). De la même manière, les parcs favorisent le sentiment de rétablissement et augmentent l’énergie des individus. Cela a un effet accélérateur sur la guérison lorsqu’il s’agit d’une maladie curable. Le verdissement est donc un moyen accessible et efficace pour réduire la durée des soins en établissements de santé. C’est pourquoi maintenir la canopée et planter des arbres devraient être des priorités de santé publique.

Plus récemment, un projet pilote de recherche sur la réadaptation a été mené dans un espace boisé à proximité d’un hôpital. Sur une période de six semaines, les patients ayant subi un arrêt cardiaque prenaient part à des activités comme du tai-chi ou de la photographie en nature.

L’état de santé physique, l’humeur générale et la positivité autorapportés des 20 participants se sont améliorés, de même que leur capacité à effectuer des activités physiques. (2)

Le saviez-vous? 

L’une des premières études à faire le lien entre l’environnement et la santé remonte à 1984. Roger Ulrich, un chercheur américain, décide de comparer deux groupes de patients ayant subi une ablation de la vésicule biliaire (3). Le premier groupe est affecté à des chambres avec une vue sur des arbres. Les membres du second groupe ont, eux, une vue sur un mur de briques.

Résultats : les patients du premier groupe présentent un rétablissement plus rapide, une diminution de symptômes, un séjour à l’hôpital plus court, ont besoin de doses réduites d’analgésiques, ont moins de microcomplications et ont une humeur plus détendue que ceux du deuxième groupe. Les résultats de cette étude et de plusieurs autres démontrent ainsi l’impact positif de la proximité avec la nature pour accélérer et favoriser la guérison.

2. Pour inciter à l’activité physique et à de saines habitudes de vie

On s’est récemment rendu compte des services que nous apporte la nature en raison de la pandémie de COVID-19. En plus d’être agréable pour le bien-être, le verdissement des établissements de santé permet d’être plus actifs.

En fait, les espaces verts et accessibles permettent aux patients, employés et visiteurs de se retrouver dans un endroit apaisant et ressourçant. Ces lieux encouragent les passants à admirer les végétaux, à se promener sur les sentiers et à socialiser. En outre, ils offrent des opportunités de pratiquer des activités en plein air.

Plus encore : en aménageant des jardins thérapeutiques (jardins aménagés et adaptés aux besoins des patients), il leur est possible d’entretenir des végétaux, de cueillir des fruits et des légumes… Bref, de rester actifs tout en exerçant de saines habitudes de vie, soit la meilleure prévention en matière de santé publique. (4)

Les aînés ont le droit à la nature!

La construction de maisons des aînés implique dans une vingtaine de villes la coupe de plusieurs centaines d’arbres matures et la perte d’un contact salutaire avec la canopée.

Demandez aux ministres Blais et Dubé de laisser respirer les aînés.

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3. Pour soigner… le personnel!

La conception et l’aménagement des centres hospitaliers et de réadaptation ainsi que des CHSLD devraient tenir compte d’un ensemble de facteurs afin de maximiser le bien-être au travail du personnel et sa rétention.

Un moyen simple et efficace pour cela consiste à offrir aux employés des aires de repos végétalisées, qu’elles soient intérieures ou extérieures. Comme les patients, ceux-ci peuvent grandement profiter des espaces verts, puisqu’ils apportent la détente, favorisent la socialisation et diminuent le stress des journées chargées.

Ces bénéfices ne sont pas à négliger : en effet, le stress peut affecter la qualité des soins. (5)

4. Pour rafraîchir les milieux de vie

Au-delà des avantages sur le plan de la santé humaine, le verdissement permet de contribuer à la santé des milieux de vie et de s’adapter aux changements climatiques en captant la chaleur au sol.

Malheureusement, les établissements de santé accroissent les îlots de chaleur urbains puisqu’ils sont souvent entourés de larges stationnements qui absorbent les rayons du soleil. Pourtant, les personnes hébergées dans ces établissements, les personnes aînées ou les personnes recevant des traitements médicaux, sont davantage susceptibles d’être affectées par la chaleur.

En végétalisant le pourtour des hôpitaux et des CHSLD, il est possible de lutter contre les îlots de chaleur et de réduire les factures de climatisation. Surtout, une fois verdis, les milieux de vie deviennent nettement plus confortables pour les résidents, les patients et plus attrayants pour la biodiversité urbaine.

Le saviez-vous ?

Milieux de vie en santé participe au verdissement de plusieurs établissements de santé pour améliorer le milieu de vie des patients qui y sont hébergés. 

Par exemple, à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ), une forêt nourricière a été aménagée. Celle-ci compte plus d’une trentaine de variétés de végétaux comestibles et de vivaces. En plus de favoriser la biodiversité urbaine et de contribuer à lutter contre les îlots de chaleur, ce projet sensibilise les employés, les usagers de l’Institut et les citoyens à de saines habitudes de vie. Les végétaux et les fruits sont récoltés par le personnel et la clientèle.

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5. Pour diminuer les problèmes de santé évitables

Connaissez-vous l’adage « mieux vaut verdir que guérir » ? Les changements climatiques et la pollution atmosphérique causent de nombreuses maladies et décès partout à travers le monde, et il est attendu que cela s’accélère dans les prochaines décennies. (6)

Au Québec seulement, la canicule de 2018 a causé près d’une centaine de décès. De ce nombre, la majorité vivait dans un îlot de chaleur, donc dans des zones possédant très peu de verdure. (7) À l’échelle du Canada, la pollution atmosphérique est liée à près de 15 300 décès chaque année. (8)

Par ailleurs, la chaleur et la pollution forment ensemble un cocktail explosif, puisque la température accroît la toxicité de certains polluants que nous respirons (9). Ainsi, les jeunes enfants, les personnes âgées et les personnes vivant avec des maladies respiratoires sont particulièrement vulnérables aux changements climatiques. 

Le verdissement permet, lui, de lutter contre les changements climatiques et la pollution. Par exemple, les arbres matures peuvent absorber le dioxyde de carbone, principal gaz à effet de serre. De plus, ils ont la capacité de purifier l’air des villes en captant la poussière ambiante. (10)

Ainsi, le verdissement, par son effet sur la qualité de l’air et sur la température des villes, peut diminuer des problèmes de santé qui sont évitables.

Le verdissement des établissements de santé permet donc d’offrir une meilleure qualité de vie à leurs résidents, mais aussi de s’adapter aux changements climatiques et à la pollution atmosphérique.

En outre, s’assurer que nos milieux de vie soient plus verts a pour effet de prévenir les problèmes de santé pour l’ensemble des populations. Pour toutes ces raisons, il est essentiel de considérer ces facteurs avant d’aménager ou de réaménager des établissements de santé.

Références :

1- INSPQ, Verdir les villes pour la santé de la population, 2017
2- McNish H. Using outdoor activities in cardiac recovery. Nurs Times. 2014 May 7-13 ; 110 (19) : 12-4.
3- Ulrich RS. View through a window may influence recovery from surgery. Science. 1984 Apr 27;224(4647):420-1.
4- Jean Garon, Verdir les établissements de soins de santé, 2017.
5- Volny, M., Michaud, C., & Jetté, S. (2016). Stress et qualité des soins. Perspective infirmière : revue officielle de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, 13 (3), 39-41.
6- Institut canadien pour des choix climatiques, Les coûts des changements climatiques pour la santé : comment le Canada peut s’adapter, se préparer et sauver des vies, juin 2021.
7- Direction régionale de santé publique, Enquête épidémiologique, Vague de chaleur Été 2018 à Montréal, 2018
8- Santé Canada, Les impacts sur la santé de la pollution de l’air au Canada : Estimation de la morbidité et des décès prématurés – rapport 2021, 2021
9- Reeves, F. (2011). Planète cœur. Santé cardiaque et environnement, Éditions CHU Ste-Justine et Éditions MultiMondes.
10- Johnston et Newton, 2004. Building Green A guide to using plants on roofs, walls and pavements, Mayor of London. 124 p.

L’emploi du masculin vise à alléger le texte et à en faciliter la lecture.

Crédits photos :

MetalMoon Voorhees
Aaron Blanco Tejedor
Nicolas Solerieu
Jonathan Borba
National Cancer Institute
Oluwaseyi Johnson

Crédits

Crédits révision : Sarah Provencher // Crédits rédaction :

Amélie Audet

Stagiaire en mobilisation citoyenne et verdissement

Lucie Bedet

Chargée des communications Milieux de vie en santé